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Damien Eloi : "Je regrette infiniment"

12 septembre 2008. Mardi soir marquait la reprise du championnat de France et des joueurs qui ont participé aux Jeux Olympiques. Kalinikos Kreanga, Christophe Legoût, Patrick Chila, Jens Lundqvist... la liste est longue et inclut Damien Eloi qui nous livre ici ses impressions sur le nouveau matériel et la saison de Levallois. Il revient aussi sur la polémique qui a suivi sa sortie des J.O. après sa défaite sur Jun Mizutani.

Comment s'est passé cette reprise hier soir avec Levallois ?
Plutôt bien puisque nous avons battu Argentan par 4 à 1. On a bien entamé la rencontre : je gagne le 1er match 3/2 puis Janos Jakab bat leur numéro 1, Toriola, aussi par 3 à 2. En fait on avait pas mal d'incertitudes sur leur composition mais leur joueur Chinois n'était pas là. Ca nous a soulagés. Patrick Chila a gagné ses deux matches et j'ai perdu serré, à la régulière, face à Segun Toriola.

Il y a un titre de champion de France à défendre et la Ligue des Champions à disputer. L'arrivée de Joo Se-hyuk est donc très attendue, non ?
Si Bai Fengtian devient Français, Hennebont sera très difficile à aller chercher. Parce que si ce club joue avec Ryu, Kreanga et Bai, ce sera très difficile. Joo va nous rejoindre pour la ligue des champions et plusieurs matches de Pro A. Sans lui, nous avons toutefois une équipe performante mais il ne faudra pas laisser échapper des points sur des équipes présumées moins fortes.

C'est la première fois que tu jouais en compétition sans colle rapide. Alors les sensations ?
Franchement c'est génial de ne plus avoir à coller, de ne plus se soucier ça. La contrepartie, c'est que nous avons une raquette beaucoup moins explosive. Pour l'instant c'est moins agréable de jouer. On loupe des balles que l'on aurait converties auparavant et un coup terminal peut se révéler beaucoup moins efficace. C'est une révolution beaucoup plus importante que la balle de 40mm. En quinze jours l'affaire avait été entendue. Là, il y une différence considérable et on ne pourra faire un premier bilan que dans quelques mois.

Mais les fabricants ont fourni des revêtements plus rapides sensés compenser la colle rapide...
Oui. Les fabricants, notamment Tibhar mon sponsor personnel, ont fait de la recherche et le revêtement fourni est efficace. Mais sans colle, c'est forcément beaucoup plus lent. Bien sûr que ça reste du tennis de table mais les fabricants vont continuer à chercher pour gagner plus de vitesse encore. Le vrai problème, c'est le booster et les contrôles. On ne sait pas si la machine pour contrôler est fiable à 100 % et quand et comment les contrôles vont intervenir. Si un booster est détecté, la seule sanction encourue est le changement de raquette...

Ensuite Damien a bien voulu s'épancher et vider son coeur sur le buzz qu'il a malgré lui créé sur internet, à la TV, et dans le ping tricolore. Le passage du ping - bien plus présent à la télé que lors des olympiades précédentes - a généré des audiences satisfaisantes du côté des chaînes françaises et donc de l'exposition au ping.

Les faits : Damien Eloi joue admirablement 6 sets lors du 3ème tour des J.O face à Jun Mizutani. Il mène 3 sets à 2, 8-6, mais n'arrive pas à conclure. De plus en plus nerveux, il est mené 4/0 à la manche décisive et perd définitivement pied dans le match. Les téléspectateurs entendent ses complaintes et voit bien que le Français est sorti du match. Dans le Gymnase de l'Université de Péking, Damien n'apparaît pas plus volubile et loquace qu'à l'accoutumée. Garçon posé et cultivé, il n'en est pas moins une boule de nerfs dans l'aire de jeu. Son tempérament impulsif avec ses gesticulations, ses grimaces, ses expressions ont fait beaucoup causer. Trop ? Certainement car très éloigné d'une agression physique ou de propos xénophobes. Plus qu'un mea culpa, le Normand est blessé et regrette "à mort" les proportions prises par cette affaire.

"J'essaie de ne pas trop me mettre dans le truc, notamment sur internet. Mais j'ai entendu beaucoup de choses qui m'ont été rapportées. C'est d'une violence incroyable. De cette défaite, le premier a être puni et à regretter son épilogue, c'est moi. Je m'étais préparé intensément pour ces J.O. J'ai mis longtemps à me qualifier et ensuite je me suis super bien préparé. J'avais une grosse envie et la motivation de jouer jusqu'en huitièmes pour défier Ma Lin chez lui. J'avais placé des espoirs énormes dans ce match, jouer Ma Lin, c'était un rêve personnel. OK, il fallait battre Mizutani puis ensuite Kreanga, mais ce n'était pa????@?s irréalisable.

Face à Mizutani, le match a été énorme pendant 6 sets, tous les observateurs le disent. Mais les gens me jugent sur la fin du 6ème set et la belle qui ont été retransmis. J'y ai crû pendant 6 sets et j'aurais largement pu gagner ce match là. Le début de la belle arrive et je perds les premiers points qui auraient pu tourner en ma faveur. C'est comme un château de cartes qui s'écroule. C'est vrai que j'ai alors complètement perdu pied et j'ai laissé filer. Évidemment je regrette de ne pas avoir gagné mais je n'ai pas à m'excuser d'être impulsif et explosif, cela ne fait pas de moi un mauvais homme. Les Jeux, c'est une pression énorme. Il faut relativiser et j'ai l'impression qu'il y a deux poids deux mesures : je n'ai pas agressé mon adversaire ou l'arbitre ou un membre du public. Je m'invective, je gueule et j'ai pêté les plombs mais envers moi-même ! Ca me parait très différent de ce qu'ont pu faire d'immenses champions - et je ne me compare à eux - comme Zidane ou Cantona. Là, on m'insulte et on juge.

Ca me fait mal de croiser mes amis ou d'autres joueurs qui me regardent avec compassion, comme si j'avais perdu un proche. Je suis le premier à regretter mais cela ne justifie pas que l'on me crucifie. J'ai un poids sur le coeur depuis trois semaines. J'ai mal perçu ce qui s'est passé et cela m'a gâché la fin des Jeux. Mon erreur est de ne pas avoir pris conscience que les gens étaient avec moi dans l'aire de jeu devant leur télé, peut-être un ou deux millions ! Habituellement les gens n'entendent pas ce qui se passé et j'aurais dû me forcer à me contenir. Je défie n'importe quel joueur de ne jamais avoir dit un gros mot en jouant au ping. Notre sport est très prenant, parfois énervant, très psychologique mais je n'ai pas frappé mon adversaire. Je le répète mais en gueulant je ne m'en prends qu'à moi-même. Je regrette à mort et j'en déplore les conséquences.

Ceux qui écrivent sur internet ou qui parlent dans le microcosme du ping ont la mémoire courte, du temps où je gagnais des médailles pour l'équipe de France. Ils ne me connaissent pas tous. Bien sûr il m'arrive aussi de penser qu'untel ou untel dans le foot a l'air vraiment c... Mais je ne m'exprime pas sur internet et surtout je sais bien que ça n'est qu'un aspect de la personnalité qui est mis en avant dans les médias. Sauf que moi je n'ai pas eu l'opportunité de m'expliquer à la télé, à froid.

Je sais que je ne suis pas d'un accès facile comparé à d'autres joueurs, que je ne suis pas populaire. Christophe Legoût est très disponible et exemplaire dans l'aire de jeu. Il mérite que tout le monde l'aime. Mais chacun est comme il est. J'ai hâte d'être plus âgé de trois mois en espérant que cela s'atténue. J'ai toujours été heureux de jouer au ping et de défendre mon sport. Ca me touche que l'on puisse dire qu'à cause de moi on pourrait perdre des licenciés. Je n'y crois pas."


Communiqué FFTT - Hubert Guériau